À propos de cette édition
Résumé/Sommaire
Bastien, l’époux de la narratrice, lui déclare un jour avoir eu des contacts avec un extraterrestre, Urgel. Sceptique mais résolue à jouer le jeu, elle prend note de l’histoire qu’il lui raconte. Au fil des semaines, elle en vient à croire à la bonne foi de Bastien.
Bastien rencontre Urgel pour la première fois sous les traits d’un vieillard habillé à la mode d’un siècle passé. Urgel lui révèle qu’il s’intéresse à lui depuis le jour, dix ans auparavant, où Bastien avait accidentellement capté des communications indéchiffrables sur un poste de radio qu’il avait bricolé. Au cours de visites subséquentes, Urgel explique que les soucoupes volantes que tant de gens aperçoivent sont effectivement des engins utilisés par son peuple, et que la mission de celui-ci est de préparer l’évolution de la Terre et de ses habitants à un palier supérieur.
Bastien revoit Urgel une dernière fois après avoir raconté son histoire à sa femme. Urgel repart pour sa dimension d’origine, mais son compagnon Eso est prêt à continuer le dialogue avec Bastien. Mieux encore : il lui devient éventuellement possible d’échanger son esprit avec celui de Bastien, permettant à ce dernier d’explorer la dimension d’où viennent Eso et les siens.
Eso peut alors fournir à la narratrice diverses révélations sur la nature du monde. En particulier, les consciences réunies forment des «circuits m» qui sont à l’origine du temps et qui participent à la création de la conscience au sein de la matière. Tout l’univers est constitué d’ergon, une énergie créatrice. Cet ergon peut être transformé en un métal et façonné en litrappes, machines vivantes dont se servent entre autres les Suprêmes, les êtres de la constellation de l’Aigle, lesquels déploient leurs efforts pour créér un canal de communication télépathique avec la Terre.
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Commentaires
Lorsque j’ai à recenser un tel livre pour L’ASFFQ, j’essaie de me concentrer sur ses aspects littéraires plutôt que sur son contenu ésotérique. Ce ne sera pas le cas ici, car « La Troublante Histoire de Bastien » se ramène pour l’essentiel à une série de conversations exposant les révélations des deux ETs sur les fondements de notre monde et du leur.
La narration réduite à la portion congrue trouve quand même le moyen de m’irriter par son caractère fragmentaire. La personnalité de la narratrice n’y transparaît pas ; en particulier, sa relation avec Bastien est désespérément terne. Cette femme ne donne pas l’impression de vivre, mais plutôt de regarder les autres vivre. Sa tâche, dans l’écriture de son livre, se borne à transcrire les paroles d’Eso interprétées par Bastien, qui lui restent néanmoins en grande partie inintelligibles.
Non pas que nous, lecteurs, soyons à même d’y comprendre davantage quelque chose. Les explications fournies par Urgel et Eso tiennent bien évidemment du charabia et agencent des mots dans le but de produire un effet de sens, même si le discours, au fond, n’en contient pas. On retrouve cette stratégie langagière aussi bien dans les pseudo-sciences que dans la science-fiction. « La Troublante… » se situe à cheval sur les deux genres, par l’absence d’histoire et par l’aspect prophétique de son propos : « Un jour, les hommes liront ce que tu as écrit et ils le croiront » dit Eso. Si seulement c’était aussi simple…
Je ne demande pas à Paule Doyon d’élaborer une cosmologie extra-dimensionnelle rigoureuse, et je conviens qu’un flou artistique aura un meilleur effet littéraire que cinq pages d’équations différentielles. Néanmoins, j’aurais souhaité ne pas retrouver dans ce feuilleton des énormités du genre de celle-ci : « [S]a dimension se situe entre la différence du résultat opérationnel et la réalité du cercle parfait. Personne n’a jamais trouvé la formule mathématique complète du cercle parfait. Car pour calculer la circonférence ou la surface d’un cercle, on utilise le 3.1416, le “pi”. Mais cette fraction demeure approximative. »
Il semble que, pour bien des auteurs, les mystères insondables de l’univers commencent juste au-delà de l’arithmétique. C’est pourquoi il leur sera naturel d’écrire que « l’énergie atomique vibre à la même hauteur que les particules du m », car, pour eux, toutes ces notions si compliquées se confondent en une soupe conceptuelle où ne surnagent que quelques vermicelles de compréhension.
Je reconnais que le roman suscite une image prenante : cette vision des êtres d’une lointaine planète de l’Aigle et de leur labeur titanesque pour parvenir à communiquer avec la Terre. Si seulement l’auteure s’en était tenue là ; mais elle en rajoute ad nauseam. Urgel et Eso ne sont pas des êtres de l’Aigle, ils viennent d’une autre dimension. De même, on apprend que nos guerres sont provoquées par les habitants des antimondes, qui sont situés dans des univers parallèles. Le M est la réunion de tous les circuits m individuels, la fin du temps en est aussi le début, la lumière résulte de la séparation de l’ergon et du M ; elle vibre en monades qui sont des m très concentrés qui forment des triades qui constituent des litrappes qui vont répandre la vie sur les planètes qui… À trop vouloir tout expliquer, la vision cosmique de l’auteure se mord la queue : tout est dans tout, et réciproquement…
Ce qui constitue finalement le défaut primordial de ce roman, et qui s’exprime de multiples façons, c’est le manque d’envergure dans l’imagination. Oui, c’est la structure même de l’univers qui constitue le sujet du roman, et pourtant, combien pauvres sont ces explications vaseuses ; combien limitée cette vision cosmique où tout est fait d’ergon, depuis l’âme jusqu’aux habitations ; combien terne, en définitive, cette excursion jusqu’aux confins du temps et de l’espace, d’où l’on retombe brutalement dans un quotidien assommant d’ennui. Un livre pour rêver confusément d’un destin grandiose pour l’humanité tandis qu’on se berce au coin du feu en épluchant ses patates. [YM]
