À propos de cette édition

Éditeur
Solaris
Genre
Science-fiction
Longueur
Nouvelle
Paru dans
Solaris 105
Pagination
5-15
Lieu
Ville-Marie
Année de parution
1993
Support
Papier

Résumé/Sommaire

Le capitaine Goël Reyes fait partie des forces d’occupation humaines à Mashak, une cité de la planète-mère des Glogs vaincus. Il a embrassé l’AgnoSophisme, philosophie du doute et donc de l’enquête systématique, en rapport certain avec la théorie du chaos : les causes les plus infimes peuvent déclencher des effets immenses et imprévus – le battement d’ailes d’un papillon peut contribuer ailleurs à la formation d’un cyclone ravageur. Goël veut apprendre la langue glog, réservée aux officiers supérieurs humains. Sivienko, un vieux professeur glog chassé des universités fermées par les humains, accepte de la lui enseigner si Goël lui apprend la sienne.

La situation politique se détériore toutefois parmi les humains et les jeunes Glogs commencent à se rebiffer. Lors d’une grande manifestation, Sivienko harangue la foule et se fait abattre par les humains, martyr volontaire et déclencheur. À l’appartement de Sivienko, Goël trouve une lettre à lui adressée, et un livre agnoSophiste annoté par le Glog : il l’a converti à l’AgnoSophisme. Goël va désormais suivre les règles du jeu, peu importe : il sait qu’il ne peut s’empêcher d’être un papillon.

Commentaires

Ambitieuse nouvelle que ce texte de Jean-Louis Trudel, qui est à la hauteur de ses ambitions. Il réussit à la fois à poursuivre son tableau du lointain futur de l’humanité dans le cadre d’un space opera classique, à illustrer un concept moderne fascinant, celui du chaos appliqué à l’histoire, et à décrire les trajectoires entrelacées par le hasard de deux « sapiens » que tout sépare et qui sont néanmoins capables de trouver un point commun, sans doute le plus universel, la curiosité, le désir de connaissance. Trudel nous présente des extraterrestres fascinants – la nouvelle regorge de détails sur la culture et l’histoire des Glogs – et, auteur moderne, il ne croit visiblement pas à la Destinée Manifeste de l’humanité : il présente ces extraterrestres avec respect sinon avec sympathie. Goël n’est pas raciste, et le désir de connaissance, chez lui, transcende évidemment toutes les différences – on pourrait dire de ce point de vue que le rationalisme de Trudel en fait alors un auteur très classique de SF !

Il n’est point question ici de sentimentalité, cependant, ni du début d’une splendide amitié. Les trajectoires se croisent, se modifient et se séparent, comme dans une chambre à bulle ! Dans cette partie « space opérante » de l’œuvre de Trudel, les personnages ont tous en général une vision du monde que j’appellerai « spartiate », assez austère, voire dure, plutôt confrontationnelle, où l’amitié et l’amour sont l’exception plutôt que la règle, tout comme la sécurité affective ou physique. Le destin des individus se trouve la plupart du temps emporté dans des tourmentes politiques et sociales qui font d’eux bien peu de cas.

Ces individus existent néanmoins et affirment leur individualité en dépit de tout : ce n’est pas la moindre réussite de ce texte que de mettre en perspective, de façon convaincante, les petits acteurs humains et les grandes masses en proie aux catastrophes (au sens de la théorie du chaos) : manifestations, révolutions, guerres à l’échelle planétaire aussi bien que galactique.

Point de space opera sans ce sens de la perspective et la capacité littéraire de la mettre en scène, et Trudel confirme ici – et dans le cadre exigeant d’une dense nouvelle – qu’il possède l’un et l’autre. [ÉV]

  • Source : L'ASFFQ 1993, Alire, p. 187-188.