À propos de cette édition

Éditeur
Ashem Fictions
Genre
Fantastique
Longueur
Nouvelle
Paru dans
Le Trio infernal
Pagination
57-77
Lieu
Bromptonville
Année de parution
1996
Support
Papier

Résumé/Sommaire

Par un après-midi torride, Jean trouve soulagement et réconfort sous la douche. Il compte se sécher devant le ventilateur, mais une inconnue se trouve dans le salon. Elle boit à une curieuse tasse qu’elle tient à la main, et disparaît. En soirée, alangui (puis endormi) devant la télé, Jean vit un autre épisode singulier. Dans l’obscurité, une femme nue, poilue et simiesque, s’interpose entre la télévision et lui, puis s’enfuit par une fenêtre. Le lendemain matin, l’homme revoit la tasse laide et malodorante qui semble collée à la table. Même quand Jean retourne celle-ci à l’envers, la tasse ne se vide pas.

L’homme tente en vain de la briser à coups de marteau. Puis le locataire reçoit la visite de deux amis. La conversation, carburant aux bocks de bière, fait oublier à Jean sa crise d’angoisse, au point où il boit une gorgée de breuvage amer, s’étant trompé d’anse. Appartement et amis disparaissent tandis qu’un décor inconnu s’y substitue : sous la pleine lune, un groupe d’hominidés campe autour d’un feu. Perché dans un arbre pour observer le clan de chasseurs, Jean reconnaît la créature velue brièvement apparue la veille.

Commentaires

On rencontre plus souvent le motif du voyage temporel dans la science-fiction, mais cette incursion un peu atypique de Claude Bolduc ne laisse guère de doute quant à son allégeance au fantastique. Le seul vaisseau dans cette histoire est porteur du sens archaïque, « récipient pour les liquides ». Celui qui surgit dans la nouvelle de Bolduc est de fabrication grossière, du moins en apparence, peut-être pas aussi ancien que les australopithèques chez qui aboutit le personnage, mais sûrement assez antique pour s’agencer avec la vaisselle et les flacons d’une sorcière.

Sorcière que n’est clairement pas la première femme entrevue, sa robe longue boutonnée jusqu’au cou, et dont les seuls mots seront « Mon Dieu pardonnez-moi ! », à la vue de l’homme nu devant qui elle apparaît. On ne saura jamais dans quelles circonstances la tasse du titre lui est venue entre les mains, ni comment elle a songé à y (re)boire pour mettre fin à son expérience traumatisante.

On n’en saura pas davantage sur la tasse fatidique, sauf pour se rendre compte, avec Jean, que le niveau de la boisson noire qu’elle contient semble varier avec l’anxiété – l’angoisse, pour tout dire – de quiconque l’a à portée de sa main. Elle n’existe pas, ou à peine, pour qui ne s’en soucie pas, par exemple les importuns visiteurs de Jean, tout à leur humeur bouffonne et leur gaieté de buveurs. Démontrant les qualités paradoxales ou contradictoires des objets maléfiques, cette tasse s’avère solide au point d’être indéplaçable, tout en devenant insubstantielle pour les outils avec lesquels Jean voudrait la détruire. On peut même la soupçonner d’avoir sa volonté propre puisque, après avoir obstinément résisté à tous les coups et toutes les tractions de Jean, elle se glisse presque dans sa main pour une gorgée irréfléchie.

Autre constante, ces personnages de « b.s. » qui peuplent majoritairement la fiction de Bolduc, pas souvent au travail mais toujours approvisionnés en bière et disposant de trop de temps libres pour leur propre bien. En cela ils évoquent certains films des frères Coën, dont les protagonistes contribuent immanquablement à leurs propres infortunes par la convergence de mauvais choix et de malchances comiques. Car, dans « Une tasse d’angoisse », l’humour noir de Bolduc est au rendez-vous, cet humour dans le registre de la litote – et volontiers grivois – comme lors de la scène finale où Jean, tout en supputant ses chances infinitésimales de voir reparaître la fameuse tasse trans-temporelle, caresse le sein d’une femelle hominidé douillettement appuyée contre lui. [DS]

  • Source : L'ASFFQ 1996, Alire, p. 41-42.