À propos de cette édition
Résumé/Sommaire
Dans un temps apocalyptique, la Terre se désagrège et devient une planète liquide. Quelques nantis embarquent dans une sousmarinef nommée Atlantis dirigée par le capitaine Noémo qui plonge dans le magma qui couvre alors la planète. La vie dans le vaisseau devient suffocante. Une voyante affirme qu’une vision lui a montré que Dieu, enfant, a mangé une soupe cosmique servie par sa mère dans laquelle flottait la Terre. Le vaisseau souffre des contractions de la digestion divine et espère l’évacuation d’un Monde Numéro Deux.
Autres parutions
Commentaires
Cette nouvelle de science-fiction plonge le lecteur dans un monde doté d’une technologie scientifique (robot, sousmarinef, radars, vibars, régénérateurs d’atmosphère, etc.), mais qui baigne aussi dans la croyance religieuse et la vision de la création du monde selon la Genèse. Au cours de cette aventure angoissante, les survivants d’un anéantissement des continents par des séismes, confinés dans cet habitacle, perdent espoir et recherchent le plaisir. Certains effectuent des sorties dans le liquide environnant et s’adaptent au point de quitter la sousmarinef. Les sédentaires se laissent entraîner par les prédictions de nombreuses voyantes : Terrula – fait à noter, en une occasion, elle est nommée Tellura (sans doute une erreur du transcripteur), ce qui évoque fort à propos les forces telluriques à l’origine des séismes digestifs –, la plus puissante, va d’abord prédire une Genèse à l’envers, le retour à la forme primitive et, ensuite, elle va expliquer la pression et les mouvements que subit l’Atlantis par la consommation et la digestion de la planète aqueuse par un enfant Dieu. La croyance devient certitude lorsqu’un docteur confirme l’anatomie environnante d’un estomac et d’un intestin géants alors que les sucs gastriques rongent le bâtiment.
L’auteur s’est beaucoup amusé en sertissant son récit de nombreux jeux de mots et d’allusions bibliques et stomacales. Ainsi, le capitaine s’appelle Noémo, sorte de mot-valise faisant référence à Noé, explicitement précisé par l’apposition « néo-Noé » (p. 9), et Nemo, le célèbre capitaine de Jules Verne dans Vingt mille lieues sous les mers. Il y a des remarques plus familières appartenant au champ lexical marin, comme « Son histoire finissait en queue de poisson » (p. 11) ou, même si celle-ci se réfère à la Bible, comme la mère de Dieu disant à son fils : « Mange ta soupe si tu veux devenir un Verbe haut en couleur. » (p. 11) Les doubles sens s’y retrouvent aussi nombreux, comme le fameux « Monde Numéro Deux » (p. 12) qui sera créé par l’évacuation fécale de la cité submersible et de la soupe cosmique à la fin du cycle alimentaire.
Ces particularités, si elles font sourire, empêchent que le lecteur s’identifie à l’un ou l’autre des personnages. La critique des aberrations et des abus humains se trouve ainsi dissoute dans l’humour. Enfin, par le dénouement, le mythe religieux coexiste avec l’hypothèse scientifique, tout en dominant celle-ci. [AL]
