À propos de cette édition

Éditeur
Trait d'union
Genre
Fantastique
Longueur
Nouvelle
Paru dans
Toute la ville en jazz
Pagination
86-104
Lieu
Montréal
Année de parution
1999

Résumé/Sommaire

Marvin Courage, chroniqueur de jazz dans un quotidien de la Métropole, couvre la 17e édition (1996) du Festival International de Jazz de Montréal (FIJM). Dans sa chronique L’Avocat du jazz, il rend compte en dix épisodes de tout ce qui grouille et grenouille au FIJM, musiciens, concerts, lieux clés, grands moments, performances, etc. En parallèle, il tricote assez lâchement une intrigue aux parfums de roman noir et de fantastique : une dizaine de jours avant le début du festival, en sortant des chiottes de son bar favori, Marvin est mis sur la piste d’un certain Wilbur Harden, trompettiste et bugliste peu connu à la carrière météorique, par le fantôme de Lester Young, rien de moins.

Dès lors, le chroniqueur va tenter d’avoir le fin mot de l’histoire en fouillant les archives, en s’informant alentour, en quête de la moindre trace laissée par le musicien mythique. En même temps, il est saisi à plusieurs reprises par des visions – il les appelle des voyages astraux – qui l’emportent en des moments et des lieux marquants de l’histoire du jazz, tous reliés, même par le fil le plus ténu, à notre bugliste.

Les quelques dommages collatéraux causés par la quête de Marvin éveillent l’attention d’un policier soupçonneux qui ne manque pas d’entraver la moindre de ses démarches. Sans compter son ex qui le poursuit inlassablement. L’énergie et les efforts déployés par Marvin seront récompensés par une dernière vision de Wilbur Harden qui lui interprète une sérénade d’adieu.

Commentaires

Stanley Péan profite d’un véhicule, le FIJM, et d’une vitrine, le quotidien La Presse, pour proposer un improbable amalgame de chronique de jazz et de récit fantastique halluciné jazzé au jargon polar. Par la même occasion, il fait la promotion de la fiction et des littératures de genre, il montre leur pouvoir d’imagination, d’évocation et d’émotion. Pour les besoins de cette recension, je ne reviens pas sur la couverture (authentique, il va de soi) du festival par Marvin Courage, double que s’offre l’auteur pour créer la distance nécessaire au déploiement de la fiction et de ses dérives. Il se donne le défi de faire découvrir un musicien méconnu par une série de flashes, de visions, de téléportations momentanées – et pas imaginaires du tout, il en rapporte des objets et des informations de première main.

Quant au lecteur, il est susceptible de perdre le fil, les fils plutôt, parce qu’il y en a plusieurs de ces fils. On se demande même s’il n’y a pas trop de personnages convoqués pour le nombre de rôles à jouer. Par exemple, autant les coups de fil incessants de son ex que les rencontres impromptues avec le suspicieux flic de service finissent par encombrer la lecture. Comme l’auteur disposait de peu d’espace et de temps pour développer son intrigue, il aurait peut-être mieux valu se concentrer sur l’essentiel et bazarder un peu les accessoires.

Enfin, il faut souligner l’importance que Péan accorde au langage et à sa grande maîtrise en la matière. Pour donner un ton, un climat adapté au récit, il s’inspire de l’argot du roman noir et de la parlure jazz, le jazz jive, forcément saturée d’expressions et de termes anglais. Par exemple, en plein FIJM, chacun des dix épisodes de la chronique reprend le titre d’un standard (Sophisticated Lady, ‘Round Midnight, etc.). Tant de clins d’œil, de citations, d’allusions font le bonheur des amateurs et des initiés, ceux précisément à qui s’adresse « L’Avocat du jazz ». [RG]

  • Source : L'ASFFQ 1996, Alire, p. 155-156.