À propos de cette édition

Éditeur
Paulines
Titre et numéro de la collection
Jeunesse-pop - 48
Genre
Science-fiction
Sous-genre
Robot
Longueur
Novella
Format
Livre
Pagination
115
Lieu
Montréal
Année de parution
1983
ISBN
9782890399082
Support
Papier

Résumé/Sommaire

Joueur de hockey étoile des Raiders de Lost Ark, adulé par ses partisans, Michel Lenoir vit dans le luxe et l’opulence sans se soucier de la masse des Actifs et des Inactifs qui ont peine à survivre tant leurs conditions matérielles sont difficiles. Convoqué par son propriétaire, David Swindler, il apprend qu’il fera partie d’une équipe d’étoiles qui affrontera une équipe de robots construits et programmés pour jouer au hockey. Le résultat de cette série de trois matchs déterminera quelle équipe est la meilleure.
Pendant les préparatifs, Michel rencontre une journaliste indépendante et critique, Virginia Lynx. Elle lui ouvre les yeux sur la misère des travailleurs et des chômeurs des grandes villes, sur la collusion de la presse, sur le pouvoir des grands financiers qui dirigent la planète. La série débute à Kimura, se poursuit à Kalinine, mais Michel Lenoir n’est pas l’ombre de lui-même, trop préoccupé par sa prise de conscience. Puis, le jour du troisième match, alors que la série est égale, Michel apprend de Virginia le rôle véritable joué par son propriétaire dans l’organisation du tournoi mettant aux prises La Machine Humaine, l’équipe de hockeyeurs cybernétiques du consortium T.I.L.T., et les Croisés valeureux, l’équipe qui défend l’honneur des humains. Il décide d’aller lui demander des comptes après la partie.

Commentaires

Là où le hockey n’était qu’un prétexte pour Gilles Tremblay dans Les Nordiques sont disparus, il est au cœur même du roman de Denis Côté, Hockeyeurs cybernétiques. L’auteur saisit bien les contradictions des athlètes sportifs. Ils jouissent d’avantages financiers qui bouleversent l’échelle des valeurs de la société mais ils sont en même temps des êtres profondément aliénés. Dès son jeune âge, Michel Lenoir a été pris en charge par son propriétaire qui a tout fait pour développer son talent inné de hockeyeur. A dix-huit ans, Michel est une idole mais il ne sait même pas lire, ce qui entretient son ignorance du monde dans lequel il vit.
Quand son propriétaire lui propose d’affronter une équipe de robots afin de voir si l’homme est supérieur, Michel ne saute pas de joie. Il n’a jamais eu une conscience sociale très développée. Pourquoi se sentirait-il concerné par l’avenir de l’humanité ? Cette cause noble ne le motive guère. C’est plutôt la perspective d’être remplacé par un robot, si la supériorité de celui-ci sur l’humain est démontrée, qui l’aiguillonne.
La description des matchs est enlevante et bien menée. Deux systèmes s’opposent ici : d’une part, la précision et l’exécution parfaite des automates, d’autre part, la créativité, l’émotivité qui incite au dépassement et l’instinct de l’être humain. Il fait bon de croire que l’homme peut encore battre l’ordinateur.
Denis Côté maîtrise son récit jusqu’aux trois quarts du roman. Il sait faire monter la tension dramatique et le héros répond finalement à sa définition. Après avoir éprouvé des difficultés dans les deux premiers matchs, Michel est en voie de réaliser un redressement spectaculaire. « Puis un événement se produisit peu après, qui brisa net cette apothéose. Dès la reprise du jeu, Zedenik Stehlik avait saisi la rondelle et s’était vivement glissé en zone ennemie. Le défenseur qui le surveillait se rua sur lui avec une brutalité qu’on aurait même cru impossible de la part d’un joueur humain. » (p. 94). À partir de là, la mécanique du récit se détraque aussi. On ne connaîtra jamais la cause de cet assaut sauvage de la part du robot. A-t-il subi un dérèglement de ses circuits ? A-t-il été programmé ou téléguidé pour frapper un adversaire, les autorités de T.I.L.T. sachant que ce geste entraînerait l’interruption définitive de la série ? Il n’est pas essentiel que l’auteur le précise, d’autant plus que chacun a sa petite idée là-dessus.
Là où c’est plus grave, c’est l’attitude que l’auteur prête à Michel Lenoir quand il découvre qu’il a été manipulé par son propriétaire dans cette fameuse série. Michel n’a rien à gagner en attaquant de front Swindler. En lui révélant qu’il sait tout de ses manigances, il se coupe tous les ponts. Sa sortie impétueuse ressemble à un baroud d’honneur. Visiblement, Denis Côté a préféré redorer l’image de son héros en valorisant son courage et son honnêteté plutôt que de songer à l’efficacité de son récit. Même si son combat apparaît vain, Michel a été réhabilité aux yeux du lecteur et il est devenu digne de son admiration et de sa sympathie. C’est là une des règles de la littérature de jeunesse et je ne cacherai pas qu’elle m’agace.
Il est dommage que cette fin détruise quelque peu l’efficacité du récit car Hockeyeurs cybernétiques est un roman bien écrit. Le propos est pertinent, à une époque où le salaire des athlètes atteint des sommets incroyables. L’auteur montre bien aussi l’enjeu important qui est au cœur de cet affrontement sportif. Autant le sport peut contribuer à faire des humains des robots sophistiqués par l’usage d’amphétamines et d’anabolisants, autant il peut contribuer à assurer la supériorité de l’homme sur la machine.
Tout en n’abusant pas des descriptions, Denis Côté réussit à nous faire sentir la présence grouillante de cette masse de gens vivant dans la misère, le dénuement et la pollution. Son roman est une des meilleures illustrations du sport-spectacle servi aux foules afin de leur faire oublier leur condition matérielle. Mais la solution ne réside pas nécessairement dans l’élimination de l’opium du peuple. Sans cette évasion, le peuple pourrait-il survivre à sa misère ? Avec raison, l’auteur ne prend pas partie dans ce débat car il sait que la question est beaucoup plus vaste. Le sport n’est qu’une des manifestations d’un système socio-économique basé sur l’inégalité et l’injustice. Le mérite du roman de Côté est de nous le faire comprendre, mine de rien.
Ce récit d’aventures linéaire a toutes les qualités nécessaires pour plaire aux adolescents. J’ai moi-même pris plaisir à le lire malgré le caractère trop stéréotypé des personnages. Mais qu’importe. Quand on est adolescent, on ne s’embarrasse guère de nuances. Et le sujet, on le sait depuis l’immense succès populaire de l’excellente série télévisée Lance et compte, intéresse toujours autant les Québécois, mais aussi bon nombre d’Européens. [CJ]

Prix et mentions

Prix Boréal 1984 (Meilleur livre)

Grand Prix de la science-fiction et du fantastique québécois 1984

Prix de littérature de jeunesse du Conseil des arts du Canada (texte) 1983

Références

  • Anctil, Mélissa, imagine… 64, p. 105.
  • Fortin, Pierre, Spirale 45, p. 4.
  • Le Brun, Claire, imagine… 18, p. 76-77.
  • Lord, Michel, Lurelu, vol. 6, n˚ 3, p. 17.
  • Lortie, Alain, Solaris 51, p. 36 et 38.
  • Rinfret, Marie-Josée, Lettres québécoises 31, p. 80.
  • Sarfati, Sonia, La Presse, 09-05-1993, p. B6.