À propos de cette édition

Éditeur
Hurtubise HMH
Titre et numéro de la collection
Cahiers du Québec
Genre
Fantastique
Longueur
Novella
Format
Livre
Pagination
214
Lieu
Montréal
Année de parution
1984

Résumé/Sommaire

Charles Amand vit à Saint-Jean-Port-Joli dans une maison presque en ruine où il se livre à des expériences alchimiques. Il cherche à créer de l’or afin d’échapper à sa misérable condition. Après un premier échec en laboratoire, il tente de faire apparaître le diable au milieu de la forêt. Autre échec.

Assoiffé de connaissances, il demande à son gendre, Saint-Céran, de lui prêter des livres : l’alchimiste est convaincu que c’est dans les livres, et surtout dans Le Petit Albert, que se trouvent les clés de la connaissance qui mènent à la fortune. Mais le gendre trouve que le chercheur abîme ses livres. Il refuse de lui en prêter d’autres. Voyant cela, l’alchimiste interdit à sa fille Amélie de revoir Saint-Céran.

Entêté, l’alchimiste continue sa quête. Ayant lu qu’avec la main d’un pendu, une main-de-gloire dans le langage ésotérique, on peut détecter un trésor, il s’arrange pour voler la main d’un homme qui vient d’être condamné pour meurtre. Avec sa précieuse main coupée, Charles Amand se promène à travers le pays à la recherche d’un trésor qu’il trouve finalement sur les bords de l’île d’Anticosti.

Première parution

Influence d'un livre (L') 1837

Commentaires

À l’intrigue principale, il faut ajouter plusieurs éléments : une intrigue amoureuse entre Saint-Céran et Amélie, et l’insertion dans la trame narrative de scènes frénétiques et de légendes folkloriques.

De l’amour, il suffit de dire qu’il est empêché de manière plutôt comique par un père irascible. Mais après avoir trouvé son trésor, le père « se débarrasse » de sa fille en la donnant à Saint-Céran. Le roman n’échappe pas à la convention du happy ending bien qu’à ce niveau de l’intrigue, dans le rapport entre le gendre et le beau-père, c’est la dimension ironique qui saute aux yeux. Aubert de Gaspé connaît de toute évidence les règles du roman noir et s’amuse à les bafouer.

La coloration gothique est plus accentuée dans la scène macabre (meurtre de Guillemette par Lepage) et dans les deux légendes fantastiques. Le roman est construit par emboîtement. Ce qui permet au narrateur d’inclure à peu près tout ce qu’il veut dans son récit. Puisqu’il faut une main de criminel, le narrateur s’empresse d’insérer l’histoire d’un meurtre et l’aventure de l’alchimiste pour entrer en possession de la main de ce criminel.

En ce qui touche au fantastique proprement dit, on ne le trouve que dans les légendes racontées, comme dans le roman picaresque, lors des deux veillées auxquelles assiste Charles Amand. Ces légendes ont d’ailleurs droit à un traitement particulier. Deux chapitres, qui sont les parties les plus connues du roman, leurs sont consacrés. Le chapitre cinq, « l’Étranger », raconte l’histoire de Rose Latulipe et le chapitre neuf celle de « l’Homme du Labrador ». Dans les deux cas, il y a transgression de la morale, apparition du diable et punition du personnage qui a osé enfreindre le code moral.

Il aura fallu attendre près de cent cinquante ans avant qu’un éditeur consciencieux pense à remettre en circulation la version originale du premier roman québécois publié à compte d’auteur chez l’imprimeur William Cowan et fils à l’automne de 1837 à Québec.

Nous devons cette réédition à André Sénécal de l’université du Vermont à Burlington. Il restitue le texte original dans sa totalité et corrige ainsi l’erreur des éditeurs précédents qui se contentaient de remettre sur le marché la version de 1864 bêtement expurgée par l’abbé Henri-Raymond Casgrain, qui avait même réintitulé l’œuvre pour l’occasion le Chercheur de trésors ou l’influence d’un livre. À ce titre, Sénécal présente un beau travail d’édition comparée avec son appareil de notes et de variantes. La présente édition comporte toutefois un défaut majeur, celui d’être une reproduction qui, visiblement, ressemble à une fort mauvaise photocopie de l’édition princeps. Il faut parfois s’arracher les yeux pour lire certains passages. Le but de cette réédition n’est donc qu’en partie atteint.

Dans l’introduction, Sénécal replace l’œuvre dans son contexte socio-culturel en s’attachant surtout aux problèmes de la narration romanesque, du discours moral et de la réception de l’œuvre. Il cherche également à prouver qu’Aubert de Gaspé père est l’auteur du chapitre cinq, c’est-à-dire de la légende de Rose Latulipe. Cette discussion m’apparaît un peu vaine et assez peu convaincante.

D’autre part, Sénécal ne craint pas la contradiction lorsqu’il soutient à propos de L’influence d’un livre que « l’œuvre n’est effectivement ni un roman historique, ni un roman de mœurs, ni même un roman. Elle s’apparente aux romans d’aventures mis à la mode romantique par des auteurs comme Ducray-Duminil » (p. 10). Que je sache, un roman d’aventures est aussi un roman. Il montre d’autre part que « l’esthétique de L’influence… [sic] repose sur les techniques narratives du conte plutôt que sur celles du roman » (p. 20). Pour lui, l’esthétique romanesque tient en la création de l’illusion romanesque grâce à des procédés qui aident à masquer la fiction. Parce qu’Aubert de Gaspé présente, dans sa préface, son histoire comme véridique, Sénécal en conclut que « ces prétentions ne sont pas celles du romancier qui “retrouve” un manuscrit ou un journal ; elles nous renvoient en fait au cadre d’actualisation du conte » (p. 20). Pourtant, Sénécal continue à nous parler de ce roman qu’est L’influence d’un livre. Je dois admettre qu’à bien des égards, il a raison de soutenir que ce roman utilise la technique narrative du conte. Ce qui semble lui avoir échappé, c’est la dimencion ironique de ce roman qui se moque souvent du sentiment romanesque sans nécessairement toujours savoir maîtriser les techniques narratives du roman. Pour être honnête, je dois dire qu’en dernière analyse, Sénécal arrive toutefois à dégager l’essentiel de la problématique posé par le premier roman québécois.

En fait, au delà de cette discussion sur l’esthétique romanesque, ce que Sénécal cherche à montrer, c’est que l’écriture d’Aubert de Gaspé fils recueille des données disparates, savantes et populaires, qui circulaient vers le milieu du XIXe siècle au Québec. L’influence d’un livre serait ainsi une œuvre hybride proche encore, par ses techniques narratives, de la tradition orale du conte populaire et de ses histoires de revenants et d’apparitions. Elle s’inspire également de la thématique et de la manière propre au roman gothique ou frénétique, type de roman axé sur les épreuves terrifiantes que doivent affronter les protagonistes avant d’en arriver au happy ending. Le fantastique y exhibe ainsi son caractère problématique : il est à la fois inséré dans le discours et exclu de la trame romanesque. Il y est toujrous à l’état de hors-d’œuvre. Cette réédition permet de voir, entre autres choses, certaines des difficultés d’implantation du fantastique aussi bien que du genre romanesque au Québec. Cela ne doit pas masquer le fait qu’une véritable édition critique du premier roman québécois reste à faire. [MLo]

  • Source : L'ASFFQ 1984, Le Passeur, p. 21-23.

Références

  • Archambault, Gilles, Le Devoir, 16/17-09-1995, p. D 6.
  • Imbert, Patrick, Lettres québécoises 47, p. 58-60.
  • La Charité, Claude, Atlas littéraire du Québec, p. 32-34.
  • Lasnier, Louis, Nos livres, juin-juillet 1985, p. 23-24.
  • Lemire, Maurice, Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec I, p. 386-390.
  • Mativat, Daniel, imagine… 26, p. 109-111.