À propos de cette édition

Éditeur
Le Préambule
Titre et numéro de la collection
Chroniques de l'au-delà - 1
Genre
Fantastique
Longueur
Recueil
Format
Livre
Pagination
265
Lieu
Longueuil
Année de parution
1983
Support
Papier

Commentaires

Le titre de ce recueil de Daniel Sernine est inspiré du poème « Le Pont Mirabeau » de Guillaume Apollinaire dont les vers servent d’épigraphes aux textes intercalaires mettant en scène un narrateur principal tourmenté. Les contes lui sont soufflés par « la Voix de l’ombre », c’est-à-dire les spectres qui lui apparaissent à la suite de la mort de sa femme Pascale et de celle de son fils Nicolas, sauf le dernier dont l’origine provient d’un récit de l’exil familial lors de la révolution russe au début du XXe siècle.
Plusieurs thématiques classiques se retrouvent dans ces contes : l’objet maléfique dans « Le Masque », « La Pierre d’Érèbe » et « L’Icône de Kiev » ; la possession démoniaque dans « Isangma » et « Petit Démon » ; le vampirisme dans « Ses dents » et le personnage du loup-garou dans « Hécate à la gueule sanglante ». Certains personnages sont présents d’un récit à l’autre : François Dambrine comme témoin dans « Isangma », comme enquêteur dans « Petit Démon » et qui, en plus de ses deux fonctions, devient lui-même objet d’une transformation dans « Ses dents » ; Agathe qui possède et cache des objets aux pouvoirs surnaturels dans « Le Masque » et dans « La Pierre d’Érèbe » ; Simon Lafrance, heureux client de la femme fatale dans « Isangma » et victime collatérale dans « La Pierre d’Érèbe » ; Guillaume Jussiave, libraire et enquêteur amateur dans « Petit Démon » et « Ses dents » et, finalement, Lèperou, bossu inquiétant dans « La Pierre d’Érèbe » dont un épisode de sa jeunesse est révélé dans « Hécate à la gueule sanglante ». 
En général, la plupart des intrigues se passent dans un univers concordant, dans la ville de Neubourg et le quartier inquiétant de St-Imnestre, celle-ci ayant beaucoup d’affinités géographiques avec le vieux Québec et les villages environnants. En fait, tous les détails et les recoupements laissent entendre que Sernine ne donne que quelques fragments d’un univers complexe. D’ailleurs, certains récits s’entrelacent, l’auteur passe d’un personnage à l’autre, allant même jusqu’à amorcer une aventure qui est aussitôt laissée en plan, comme à la page 151 où le conte « La Pierre d’Érèbe » commence par la présentation d’un livre maudit, Les Phrases de l’Oracle, dont on n’entend plus parler par après. Bref, l’écriture de l’auteur, de bonne qualité, s’inscrit dans la postmodernité par son intertextualité ; cependant, elle est loin d’être minimaliste et plusieurs des histoires semblent de potentiels romans écourtés.
D’ailleurs, ses deux contes les plus réussis sont les plus longs, quoique dans « Petit Démon », aux deux tiers de l’aventure, le démon passe d’un moine pédophile à un tueur de femmes en série, dispersant ainsi l’attention, la sortant du cadre du mystère de la mort du père D’Accoust et du désir exacerbé du père Wenceslas au monastère vers des lieux extérieurs. Cette histoire, elle aussi laissée en plan, déséquilibre le lecteur qui voit son intérêt s’éteindre, puisque le porteur suivant du petit démon lui est inconnu. L’autre conte digne d’intérêt par sa densité psychologique est « Hécate à la gueule sanglante », mais là aussi, il faut de la bonne volonté au lecteur, puisque les récits du passé en italique qui entrecoupent et interrompent celui du présent sont difficiles à réconcilier, surtout au début. D’ailleurs, la numérotation en parties, puis le découpage de celles-ci en sections en plus d’une subdivision par des astérisques constituent une complication inutile.
Cela semble être un problème d’édition et ce n’est pas le seul, puisque des erreurs typographiques s’y retrouvent (par exemple « roussa » p. 33, « trottoire » p. 39, rétroqué p. 64, etc.), des mots incomplets (comme « geois » pour bourgeois p. 168), erreur sans doute causée dans ce cas par la répétition de la même ligne qui en a effacé une autre, handicapant ainsi la description du personnage suspect.
Dans le Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec 1981-1985, François Larocque précise que ce recueil est la onzième œuvre de Daniel Sernine et son troisième recueil de contes fantastiques, après Les Contes de l’ombre parus en 1978 et Légendes du vieux manoir en 1979. Il accorde à l’auteur « des moments de génie » dans cette œuvre foisonnante de détails parfois impudiques d’un style plutôt « dix-neuviémiste ». [AL]                                   

Références

  • Janelle, Claude, Solaris 57, p. 11-13.
  • Larocque, François, Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec VII, p. 770-771.
  • Pelletier, Yves, Carfax 1, p. 11.
  • Vonarburg, Élisabeth, Solaris 57, p. 13-15.