Résumé/Sommaire
Plusieurs siècles après la chute de la civilisation, Elisa voit le jour dans la Cité, abri artificiel où se côtoient hommes et machines. Fruit des expériences génétiques de Paul, ce dernier entraîne la petite fille à développer ses facultés d’autoregénération pour un projet destiné à la population barbare de l’Extérieur. Une fois jeune femme, Elisa entreprend une relation amoureuse avec Paul, qui sera de courte durée. Échappant à son ancienne flamme, qui sombre de plus en plus dans la folie, Elisa s’allie avec un programme informatique de Richard Desprats, un ancien habitant de la Cité. Utilisant ses capacités autoregénératrices pour se transformer en homme, Elisa (maintenant appelée Hanse) quitte la Cité en compagnie d’un homme-machine (Ostrer) commandé par Desprats. Leur mission : trouver les autres Cités et les détruire.
Quelques années plus tard, Hanse et Ostrer ont détruit la majorité des cités, sauf celle où se trouve Paul. Le duo trouve refuge auprès du clan Viételli, en conflit avec les hommes de Malverde. Un soir, Judith, l’une des épouses du chef, rend visite à Hanse pour s’offrir à lui, mais aussi pour revendiquer le droit des femmes à se battre. Au cours de la nuit, Hanse se métamorphose en femme lors d’une visite surprise de Paul. En se rebellant, Elisa tue Paul et avec l’aide d’Ostrer, elle choisit de ne pas modifier la mémoire de Judith. Puis, Elisa et Ostrer retournent à la Cité, où Desprats se déprogramme.
Seule avec les machines, Elisa reste dans la Cité pour créer des enfants. Nés en tant que filles, ceux-ci doivent apprendre à se transformer en garçons afin d’être en mesure de vivre à l’Extérieur un jour et se mêler aux autres humains. Alors que la première génération a presque 20 ans, des tensions se créent entre Elisa et Abram, son premier enfant, qui finit par s’enfuir.
Accompagnée d’un homme-machine, Elisa se rend à Viételli, où elle apprend l’existence d’une ville peuplée de femmes libres menée par Judith : Libéra. Les négociations entre Viételli et Libéra tournent cependant au vinaigre. Elisa est invitée à suivre les femmes libres dans les souterrains, par lesquels elles planifient une attaque surprise contre Viételli. Au cours de ce voyage, elle fait la connaissance de Lia, la fille qu’elle a conçue avec Judith en tant que Hanse, en plus de retrouver Abram. Toutefois, l’expédition ne se passe pas comme prévu et les femmes libres sont forcées de revenir à la surface. Une rencontre tendue avec la troupe de Viételli dégénère en combat chaotique, entraînant Judith vers la mort. Comprenant le désir d’Abram d’explorer l’Extérieur avec les machines, Elisa parvient à un compromis : la Cité sera fermée aux humains pendant cinq cents ans, alors que les machines seront libres d’y retourner.
Autres parutions
Commentaires
Le Silence de la Cité est le premier roman d’Élisabeth Vonarburg, mais il n’est pas sa première œuvre. En effet, l’écrivaine, à l’époque trentenaire, avait déjà publié plusieurs textes, que ce soit des novellas, des nouvelles, des novelettes ou de courtes nouvelles. En 1980, son recueil de nouvelles, L’Œil de la nuit, lui a permis de remporter le prix littéraire du Centre régional de services aux bibliothèques publiques du Saguenay–Lac-Saint-Jean au cours de la même année.
Il n’est donc pas étonnant de constater que le talent de Vonarburg ait pu séduire les Éditions Denoël. Pour contexte, il s’agit d’une maison d’édition française fondée par Robert Denoël en 1928, reconnue entre autres pour avoir publié Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline en 1932. En 1954, la maison d’édition lance « Présence du futur », une collection de romans de science-fiction qui aura entre autres permis la diffusion de traductions d’œuvres d’Isaac Asimov, de Philip K. Dick et de Douglas Adams. En d’autres mots, elle a contribué à populariser ce genre auprès d’un large public en France.
Si on s’attarde au récit du Silence de la Cité, on peut tout d’abord remarquer la présence de certains thèmes qui seront explorés à nouveau dans l’œuvre de Vonarburg. Le premier thème, la recherche d’identité, est lié à l’histoire d’Elisa, mais aussi à celle de la Cité qui l’a vue naître. Le rôle attendu par son créateur, Paul, est bousculé par la mission que lui donne Desprats. Une fois la mission terminée, Elisa, laissée à elle-même, doit choisir son propre destin, ce qui ne sera pas facile avec l’influence de ses propres enfants, mais aussi par le conflit entre hommes et femmes à l’Extérieur.
Parlant des hommes et des femmes, la dualité des sexes est aussi un thème qui reviendra souvent dans les textes de Vonarburg. L’idée d’une ville dirigée par des femmes libres souligne également l’influence du mouvement féministe des années 1970, influence qu’on retrouvera plus tard dans Chroniques du Pays des Mères. D’ailleurs, il y a un autre point commun entre ce roman et Le Silence de la Cité : le déséquilibre démographique, avec davantage de filles nées que de garçons.
Au fil de ma lecture, j’ai pu constater un univers riche, empreint des préoccupations de l’époque, pas seulement féminines, mais aussi écologiques et antiguerre. Par exemple, ce qui explique la chute de la civilisation telle que nous la connaissons est un mélange de facteurs : « Les accidents nucléaires accumulés, les pollutions, les petites guerres partout, et trop de gens, et juste assez à manger, et la Terre elle-même qui se fâche, les tremblements de terre, les volcans réveillés, les climats qui changent, les famines, les épidémies et enfin les grandes marées, qui ont changé l’aspect des continents. »
Toutefois, si j’avais un reproche à faire à ce roman, ce serait le manque de développement au niveau des personnages, qui sont nombreux. À titre d’exemple, on voit très peu Marquande de Styx, qui a pourtant une forte influence sur la personnalité de Paul. À cela s’ajoute le problème du rythme, alors que les péripéties ne cessent de s’accumuler, puis de se résoudre en peu de temps, sans laisser le temps au récit de respirer. Si cette histoire avait été publiée de nos jours, j’imagine fort bien celle-ci s’étendre sur des milliers de pages, avec au moins quatre tomes : un premier sur l’enfance et l’adolescence d’Elisa ; un deuxième sur la destruction des Cités par Hanse et Ostrer ; un troisième sur les enfants d’Elisa et leurs conflits avec leur créatrice ; et un quatrième sur le conflit entre Viételli et Libéra.
Malgré cela, Le Silence de la Cité demeure une œuvre intrigante, avec un questionnement pertinent sur l’identité de genre. Je tiens d’ailleurs à souligner qu’il s’agit d’un sujet exploré avec intelligence, qui suscite encore les passions quarante ans après la parution de ce livre. J’ai aussi observé, à la fin de l’intrigue, un parallèle avec le conte de fées raconté par Desprats au début de l’histoire. Une Cité inaccessible aux humains pendant cinq cents ans, semblable au château de la Belle au bois dormant.
Enfin, rappelons que ce roman a remporté plusieurs prix en 1982 : le prix Boréal pour le meilleur livre, le prix Rosny aîné ainsi que le Grand Prix de la science-fiction française. Notons également que ce livre fera l’objet de traductions, en anglais (The Silent City en 1988, 1990 et 1992), mais aussi en allemand (Die schwigende Stadt en 1997). Il sera également réédité à de nombreuses reprises, notamment en 2023 chez Gallimard, dans la collection « Folio SF ». Bref, des signes de reconnaissance qui témoignent des premiers faits d’armes de la Grande Dame de la science-fiction québécoise. [CHe]
Prix et mentions
Prix Boréal 1982 ex æquo (Meilleur livre)
Prix Rosny aîné 1982
Grand Prix de la science-fiction française 1982
Références
- Bélil, Michel, Pour ta belle gueule d'ahuri 6, p. 20-22.
- Bérard, Sylvie, Lettres québécoises 94, p. 32.
- Ecken, Claude, Ère comprimée 14, p. 77-78.
- Pettigrew, Jean, imagine… 12, p. 63-64.
- Saint-Gelais, Richard, Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec VII, p. 830-832.
- Sernine, Daniel, Solaris 43, p. 11.

